
Sur l’affiche, tout étincelle. Marion Cotillard. Adam Driver. Les Sparks. Une comédie musicale. L’ouverture du Festival de Cannes… Des étoiles s’allument dans les yeux. On se calme. L’inquiétante étrangeté du conte fantastique sied mieux à Leos Carax que le réconfort des univers merveilleux. Annette est largement le film le plus noir, le plus malaisant, le plus hérissé de son auteur. Le plus stupéfiant et inventif, aussi, avec le précédent Holy Motors (2012), dont il s’éloigne pourtant.
Sur une idée et une composition du groupe de glam rock Sparks – phœnix musical californien –, le film chante, mais sidère plutôt qu’il n’enchante. Deux personnages y occupent le devant de la scène. Henry McHenry (Adam Driver), stand-upeur qui aime à jouer avec les limites, et Ann (Marion Cotillard), cantatrice réputée, forment un couple scruté par la chronique mondaine. Alors qu’Ann accouche de leur fille, Annette, quelque chose se brise chez Henry qui les fait chavirer. Se pourrait-il qu’il ait, par une sombre nuit de tempête sur leur bateau, tué sa propre femme ?
C’est dans ce doute affreux que le père pousse sa fillette, enfant étrange, comme venue d’ailleurs, qui a hérité du timbre de sa mère, à se produire avec succès aux quatre coins de la planète. Enfant phénomène, enfant marionnette, Annette est une fillette sans vie qui attend de renaître au monde, pour se soustraire à l’amour homicide de son père. Qu’est-ce qui justifie qu’on meurtrisse une personne qui vous aime ? Et de quel inexpiable joug charge-t-on l’enfant qui en restera le témoin ?
Dualité et redoublement
Romantisme noir de Carax. Sur le rock psalmodique et dissonant des Sparks, l’amour et la mort dansent ici collé-serré. C’est la plongée dans une nuit constante, constellée de flashs et de sunlights. La moto qui fend l’obscurité comme la flèche du destin. Ce vert sombre qui domine, comme un appel de la forêt profonde ou des flots furieux. Cette idée que la vraie vie est ailleurs, dans cet appel fusionnel de la nature et de la mort censé nous révéler une perfection qui n’existe pas ici-bas.
Le tour de plus en plus baroque que prend l’œuvre de Carax s’accuse dans ce film, où tout semble sujet à la dualité et au redoublement. La femme angélique et la sorcière. Le pantin et l’humain. Les punchlines des chansons. La vie et la mort. Et, bien sûr, pour ce couple d’artistes, l’imaginaire et la réalité, ici reliés par une porosité constante, inquiétante. Film incroyablement inspiré, qui nous expose sans rémission au mal qui empoisonne le cœur de l’homme jusque dans l’amour censé le rédimer.
Autant dire que l’art, chez Carax, ne sauve pas. Tout au plus confère-t-il une forme à ce ruban de Möbius sur lequel s’inscrivent la vie vécue et la vie rêvée de l’artiste. Tout y devient cosa mentale, transfiguration fantasmagorique d’une cause intime, confession du créateur en grand singe qui se regarde faire la grimace. Et c’est assez déchirant.
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