
C’est à désespérer des polémiques de rentrée. Virginie Despentes n’a jamais eu autant de fans, de lecteurs qui, après quelques pages de son dernier livre ou en l’entendant en interview, se sentent sur la même longueur d’onde qu’elle. Avec son roman épistolaire à trois personnages, purs produits de l’époque, et ses entretiens promo abordant tellement de sujets, chacun (sauf le journaliste Eric Naulleau, résolument hostile à l’écrivaine) peut y trouver quelque chose qui le conforte dans ce qu’il pensait déjà, à la manière du magazine Elle, qui retient de son entretien avec l’autrice qu’« un féminisme plus festif, ça nous ferait pas de mal ».
Tout le monde se sent validé : les jeunes féministes en lutte contre le patriarcat et les vieux convaincus qu’elle dénonce en réalité les néoféministes classiques ; ceux rassurés qu’elle porte toujours des tee-shirts de Motörhead et ceux contents qu’elle ait choisi une chanson de Donna Summer quand elle était invitée sur France Inter ; les quinquas qui revisitent leur génération et les boomeurs qui n’osent pas dire du mal de l’époque, soulagés que ce soit elle qui déclare que dans les années 1980 on n’allait pas « à la pêche aux likes »…
Les auteurs de Saint-Germain-des-Prés qui l’entendent lâcher qu’elle a adoré rejoindre leur petit monde, les transclasses qui trouvent injuste qu’on leur interdise des goûts de luxe… Finalement, ceux qui avaient peur de faire un faux pas militant, de se sentir jugés par les plus jeunes, par les plus féministes, ceux qui se sentaient empêtrés dans des contradictions, voilà qu’ils sont tous d’accord pour saluer la subtilité d’un ouvrage titré Cher connard.
A quoi on les reconnaît
Ils disent « elle ne ménage personne » en trouvant que, ouf, ils ne s’en sortent pas si mal. Ils sont contents de pouvoir se sentir punk avec un roman qui recommande d’arrêter la drogue, l’alcool et les clopes. Quand ils tombent sur une phrase avec laquelle ils sont d’accord, ils en déduisent que c’est vraiment l’écrivaine « qui comprend le mieux l’époque ». Quand ils disent « elle est plus nuancée que ça », ils veulent dire « elle partage plus que je ne le croyais ma façon de voir ».
Ils trouvent aussi que ça fera surtout du bien à ceux du camp d’en face de la lire (« Si Alice Coffin le lit jusqu’au bout… », dit Beigbeder au « Masque et la plume »), notamment pour les aider à penser plus comme eux. Ils ont des avis différents sur les grands sujets de société au fil de la journée, et sont réconfortés dans un roman à trois personnages aux opinions contradictoires d’en avoir régulièrement un avec qui être d’accord. Ils préfèrent dire « radical » que « woke ». Ils citent autant ses interviews que son dernier livre que d’ailleurs ils n’ont peut-être pas lu.
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